Il aura fallu que Mario Draghi, le seul dirigeant du sud de l'Europe crédible aux yeux d'Angela Merkel, lui fasse réaliser que la zone Euro allait exploser si elle ne faisait rien, pour qu'elle signe un accord historique : les Etats du sud acceptent que l'Allemagne supervise désormais la gestion de leurs comptes publics en échange de prêts à des taux raisonnables du FESF (garanti par l'ensemble des Etats européens, en premier lieu l'Allemagne bien-sûr).
 
On a donc fait un pas intelligent, à la fois vers plus d'intégration et de coordination bancaire et budgétaire en Europe et vers une mutualisation modérée des dettes, le FESF se substituant aux marchés financiers pour préter aux Etats.
 
"Nous n'avons pas dévié de notre schéma antérieur: prestations, contreparties, conditionnalité et contrôle" a déclaré Angela Merkel. Qu'est-ce que cela signifie ?
  • Prestations : le FESF va prêter aux Etats en difficulté à un taux raisonnable
  • Contrepartie & Conditionnalité : ces Etats vont mettre en oeuvre les mesures que l'Allemagne juge appropriées (réformes du marché du travail, des retraites...)
  • Contrôle : les créanciers (comme l'Allemagne) doivent pouvoir vérifier que ces mesures sont bien mises en place
Concrètement, la porte est maintenant ouverte à des émissions spéciales de l'Espagne et l'Italie, entre autres, auprès du FESF, pour couvrir tout ce que le marché ne lui prête pas à un taux raisonnable (disons inférieur à 5%). C'est un premier pas vers une monétisation de ces dettes : il y aura plus d'euros en circulation. Mais comme il n'y a pas de croissance en Europe, ceci alimentera l'inflation et cela permettra peut-être d'éviter le défaut de l'Espagne.
 
 
Voici précisément ce qu'a dit Angela Merkel ce vendredi 29 juin au matin sur les prêts aux Etats du sud :
 
D'éventuels achats de dette souveraine de pays en difficulté par les fonds de soutien de l'Union européenne devront être soumis à des conditions imposées aux pays concernés, a déclaré vendredi la chancelière allemande, Angela Merkel.

«Nous avons pris d'importantes décisions la nuit dernière», a déclaré Angela Merkel. «Premièrement, nous nous sommes mis d'accord pour que, si des pays ont besoin que les mécanismes du FESF et du MES achètent des obligations sur le marché primaire ou secondaire, des conditions soient mises en place comme suit: le rapport national sera présenté à la Commission et sur cette base, nous conclurons un protocole d'accord dans lequel figurera un calendrier.»

«La 'troïka' EU-FMI assurera ensuite la supervision, comme c'est toujours le cas avec le FESF et le MES, afin que les conditions soient respectées.»
 
«Cela serait le cas si l'Espagne ou l'Italie, au vu de la charge de leurs intérêts, avaient recours à de tels instruments», a poursuivi la chancelière.