Super Mario Draghi est de retour. Il lui aura suffi de deux petites phrases et d'un ton un peu martial - "Dans le cadre de son mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant"-, pour faire rebondir les bourses, réduire les taux d'intérêt à long terme de l'Espagne et l’Italie et renforcer le cours de l'euro. Reste à savoir ce que la Banque centrale européenne va vraiment faire, car son gouverneur n'a rien dit de précis. Or si les attentes sont nombreuses, Mario Draghi n'est évidemment pas prêt à toutes les satisfaire. Pas moins de six moyens d'action sont en débat pour résoudre la crise. Pourrait-il y recourir?

 

1/ Réduire les taux directeurs et débloquer des liquidités

  • Facilité 5/5 : la BCE l’a déjà fait
  • Efficacité 1/5 : si les banques prêtent peu, c’est parce que la demande de crédit des entreprises et des consommateurs est faible et que les banques sont prudentes, pas parce que les taux directeurs sont hauts
  • Probabilité et timing : Au vu de ses déclarations de la semaine dernière, la BCE devrait annoncer au minimum des mesures dans ce sens dès jeudi 2 août avec une baisse du taux de base de 0,25 points et un nouveau LTRO (Long Term Refinancing Operation) avec des conditions assouplies.

 

2/ Renforcer la surveillance bancaire

  • Facilité 4/5 : C’est une des avancées qui a fait l’unanimité lors du sommet des 28 et 29 juin : la mission de surveillance des banques européennes sera donnée à la Banque Centrale Européenne. Elle pourra ainsi décider de recapitaliser les banques qui en ont besoin.
  • Efficacité 2/5 : Ceci réduira le risque de faillite des banques et donc écartera le risque d’un « bank run » européen. Néanmoins, ce ne sera pas suffisant pour résoudre la crise européenne.
  • Probabilité et timing : A moins d’une catastrophe, il faudra du temps (6 mois, 1 an ?) avant que les politiciens s’accordent sur les modalités de son fonctionnement.

 

3/ Restructurer les dettes publiques

  • Facilité 2/5 : fait pour la Grèce après 2 ans de négociations
  • Efficacité 3/5 : cela a l’avantage de faire face à la réalité. Mais celle-ci est tellement dure à admettre que les Etats (et entreprises et consommateurs et électeurs) endettés vont préférer poursuivre autant que possible la fuite en avant : attendre de voir si les mesures prises précédemment sont suffisantes pour résoudre la crise et/ou étaler ce retour à la réalité dans le temps en monétisant la dette, c’est-à-dire la diluer dans une inflation élevée sur le long-terme via la création de monnaie ex-nihilo (à partir de rien) par les banques (centrales ou privées).
  • Probabilité et timing : Une deuxième restructuration de la dette grecque, impliquant cette fois les créanciers publics, constatant une perte de l’ordre de 100 milliards d’euros sur l’argent prété depuis 2 ans, sera probablement inévitable dans les mois qui viennent. Elle pourrait s’assortir d’une sortie de la Grèce de la zone Euro.

 

4 / Racheter des titres d’emprunt d’état sur le marché secondaire

  • Facilité 4/5 : elle l’a déjà fait mais cela plaît peu aux orthodoxes allemands car cela réduirait les incitations pour ces pays de restructurer plus profondément leur administration et autres réformes.
  • Efficacité 2/5 : Cela bénéficie aux banques qui ont l’option de revendre leurs titres plus facilement, et donc indirectement aux Etats qui empruntent. Mais cela n’a pas réglé la crise jusqu’ici.
  • Probabilité et timing : Au vu de ses déclarations de la semaine dernière, la BCE pourrait annoncer des mesures dans ce sens dès jeudi 2 août. Ou alors son annonce de la semaine dernière était du bluff (ce sur quoi je parie) et il annoncerait qu’elle les prendra si nécessaire / si les taux réclamés par le marché à l’Italie et l’Espagne dépassent un certain seuil / si le FESF est activé. La BCE peut-elle prendre une décision à une majorité alors que l’Allemagne fait partie de la minorité qui la refuse ? Réponse jeudi.

 

5 / Racheter des obligations d’entreprises sur le marché secondaire

  • Facilité 4/5 : La BCE pourrait choisir cette fois-ci de financer directement l’économie privée, ce qui n’est pas interdit par ses statuts. Il sera seulement délicat de choisir quelles entreprises financer sans en favoriser certaines.
  • Efficacité 3/5 : L’efficacité de cette mesure est pour l’instant inconnue mais pourrait être supérieure au financement indirect via les titres d’états détenus par les banques.
  • Probabilité et timing : La probabilité est faible car ce n’a jamais été fait. Mais, au vu de ses déclarations de la semaine dernière, la BCE pourrait annoncer des mesures dans ce sens dès jeudi 2 août ou annoncer qu’elle les prendra si nécessaire / si les taux réclamés par le marché à l’Italie et l’Espagne dépassent un certain seuil / si le FESF est activé.

 

6/ Accorder une licence bancaire au MES pour qu’il achète des titres d’emprunt d’état sur le marché primaire = finance l’Espagne et l’Italie à taux faible

  • Facilité 1/5 : Il me semble que ceci est la ligne rouge que les allemands ne franchiront JAMAIS, même sous une menace immédiate de défaut ou sortie de l’euro d’un grand pays, car cela signifierait signer un chèque en blanc à tous les mauvais payeurs d’Europe pour l’avenir !
  • Efficacité 3/5 : les pays bénéficiaires resteraient dans la zone euro et ne feraient pas défaut. En réduisant ces risques qui a court-terme paralysent les investisseurs, cela pourrait relancer la croissance. Mais ce serait une monétisation des dettes : l’inflation ferait fondre les économies des épargnants et les taux d’emprunt des pays d’Europe seraient nivelés pour le long-terme à taux élevés.
  • Probabilité et timing : Je pense que l’Allemagne préfèrera sortir de la zone Euro plutôt qu’accepter cela. C’est contraire à ses principes les plus fondamentaux. La France n’y aurait pas intérêt non plus d’ailleurs, car l’Etat français aurait encore plus de mal à boucler ses comptes avec des taux plus élevés.

 

En fait, il n’y a qu’un résultat qui sera de nature à résoudre la crise européenne : que les comptes nationaux - soldes publics et soldes extérieurs (exportations - importations) - redeviennent excédentaires dans tous les pays d’Europe du Sud où ils ont été excessivement déficitaires dans le passé. Ce n’est évidemment pas facile. Ce sera atteint par une restructuration plus profonde des administrations publiques et une hausse des taxes sur le revenu et la consommation. Un plan de relance budgétaire en Europe du Nord contribuerait aussi (avec l’objectif que tous les pays convergent vers un déficit public de 3% en 2014, puis vers 0% tous ensemble trois ans plus tard, au lieu de l’objectif officiel de 0% dès que possible).