Le choix du vote pour le second tour est difficile pour beaucoup d'entre nous. Ne pas choisir ? Choisir une personne ? Choisir un programme ? Faire confiance ? Je souhaite partager avec vous quelques réflexions.

Sur la dette, il faut faire face à la réalité : l'austérité atteint ses limites. En contractant soudainement la demande dans toute l'Europe, ces plans ont entraîné le retour d'une récession (illustrée par le retour sous la barre des 50 points de l'indice PMI manufacturier), en particulier en Europe du Sud, qui rend proportionnellement encore plus insoutenable la dette accumulée. Rendons-nous à l'évidence : l'Espagne, aussi bien les banques privées que l'Etat, "victime" de l'explosion de sa bulle immobilière et d'une accumulation extraordinaire de déficits extérieurs, ne pourra pas rembourser la totalité de sa dette. Elle fera un défaut partiel, peut-être pas de 75% comme la Grèce, mais beaucoup plus important en valeur pour les banques européennes.

La Banque Centrale Européenne a déjà sorti son "bazooka" : des prêts de 1000 milliards d'euros aux banques européennes pour re-financer l'économie. Mais, si cela a ralentit la chute, cela n'a pas permis le rebond espéré et dès que l'économie n'est plus soutenue, elle s'essoufle.

2012-05-03 13h27_35

Face à cela, quelles pourront être les solutions pour rebondir ? S'il n'y en a pas, une importante force depressive causera la chute des dominos (Italie, puis France, puis Allemagne...) les uns après les autres. Les autres Etats européens ou le FMI pourraient intervenir en venant prêter à l'Espagne via le Mecanisme Européen de Stabilité. Mais il n'est pas sur qu'ils aient la solidité et la force frappe suffisante.

Il ne reste plus qu'une seule solution, monétaire : la Banque Centrale Européenne devra créer des euros, "faire tourner la planche à billets", pour investir dans des projets d'infrastructure et aussi racheter des devises étrangères pour faire baisser le cours relatif de l'euro. Ainsi, grâce à l'inflation, les dettes contractées deviendront relativement soutenables. Certes, tous les produits importés deviendront plus cher et notre pouvoir d'achat sera globalement réduit (c'est inévitable) mais notre balance commerciale pourra se rétablir et nos emplois être sauvés. C'est la manière la moins brutale de s'en sortir.

Il faut donc pour cela faire plier le consensus allemand (selon lequel la croissance ne peut venir que de la modération des salaires et de la facilitation des licenciements pour les entreprises) et changer les statuts de la Banque Centrale Européenne, lui donnant la mission additionnelle de favoriser la croissance et le plein emploi en plus de la stabilité monétaire. Cela n'a rien de révolutionnaire, c'est simplement ce que font les banques centrales de référence (Etats-Unis, Royaume-Uni, Suisse...) et on se demande bien pourquoi la BCE ferait exception. C'est la bataille que François Hollande propose de mener.

Par ailleurs, je suis convaincu qu'il n'appliquera pas ses promesses les plus à gauche, comme créer 60000 postes dans l'éducation (il s'arrêtera après 12000 la première année à cause du déficit) et le retour de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans sera limité à des cas très rares. Il ne gouvernera pas beaucoup plus à gauche que Sarkozy ces dernières années.

Ajoutez à cela l'ignoble haine des étrangers manifestée par le "candidat sortant" pour ratisser sur les terres de Le Pen et voilà, mon choix est fait pour dimanche.

Bon vote à tous.