Chers lecteurs,

J’espère que vous aussi, à la lecture de mon article du 7 octobre « Crise de la dette : le pire n’est pas certain » qui, alors que le CAC40 cotait 2800 points, dévoilait le scénario optimiste qui s’est en grande partie réalisé depuis. Le CAC cote maintenant 3400 points, soit une hausse de plus de 20% ! Il est maintenant temps de prendre ses bénéfices.

Que s’est-il passé ces trois dernières semaines ?

Comme prévu, les représentants des banques européennes, pressés par le couple franco-allemand, ont accepté de prendre leurs pertes sur l’essentiel de la dette grecque avec une décote de 50% de la valeur faciale et un décalage dans le temps des remboursements (soit une décote supérieure à deux tiers en valeur actualisée). Chose intéressante : la dette rachetée par la Banque Centrale Européenne ne devrait elle pas subir de décote à ma connaissance. C’est important car cela veut dire que les états – qui auraient dû recapitaliser la BCE si elle avait subi des pertes importantes – ne sont pas floués par cet accord, au contraire des banques, c’est rare ! Ils ont aussi accepté d’augmenter le capital des banques, soit en faisant appel à des fonds (publics ou privés), soit en conservant une part accrue de leurs bénéfices en réserve (c’est le cas des banques françaises). Les niveaux de capital exigés seront en principe suffisants pour couvrir le défaut grec bien-sûr, mais aussi la décote potentielle sur les dettes portugaises, espagnoles et italiennes. S’ils sont atteints, ils protègeraient donc le reste de l’Europe d’un effet de contagion et de chute des dominos. De plus, l’effet de levier et la fonction d’assurance attribuée au Fonds Européen de Stabilité Financière permettront aux pays européens de trouver plus facilement des financements. Il n’y aurait donc plus d’obstacle à ce que la croissance de l’économie et des profits des entreprises reprennent ses droits. C’est ce que les marchés ont acheté ce jeudi en portant les actions dans leur ensemble en hausse de plus de 6%, et même 20% pour les banques françaises.

Après l’euphorie

Pour autant, doit-on enfin considérer que la crise de la dette est derrière nous et que tous les problèmes sont réglés, comme les marchés l’on déjà fait à tort lors de la création du fonds de stabilisation le 10 mai 2010 : +10% pour le CAC40 entre le 7 et le 12 mai 2010 , puis –11% entre le 12 et le 25 mai ; et surtout lors du second plan de sauvetage de la Grèce le 21 juillet 2011 : +4% entre le 19 et 22 juillet, puis -27% les deux mois suivants) ? Plusieurs risques perdurent. Tout d’abord, les détails de la participation « volontaire » des banques ne sont pas connus. En coulisses, ils pourraient préparer des subtilités en leur faveur que le grand public ne pourra jamais comprendre (relatifs à quels titres sont pris en compte dans le calcul du ratio de fonds propres, à la fois en tant que capital et en tant que dette pondérée). Ensuite, vous remarquerez que l’accord a été signé par les représentants des banques, pas par toutes les banques. Pour entrer en vigueur, il faut qu’au moins 80% des banques détentrices de dette grecque acceptent de prendre leur perte. Ce qui veut dire que près de 20% des banques peuvent refuser cet accord et ainsi continuer d’espérer recevoir 100% des créances prévues. Et quelque chose me dit que plus de 20% des banques voudront faire partie de ces 20% ! Ceci pourrait conduire à l’échec de cette négociation et à un défaut plus brutal décrété par la Grèce.

Enfin, un des risques majeurs est que les conditions économiques et politiques ne permettent pas de réduire la dette publique restante en Grèce mais aussi au Portugal, en Espagne, en Italie, en France et aux Etats-Unis pour ne citer qu’eux ! Hormis la décote grecque, l’accord Européen du 26 octobre n’a en réalisé fait que poser une perfusion (de plus) à un malade : le mal (la dette) est toujours là ! Tant que les déficits publics n’auront pas été résorbés (par la hausse de la productivité des services publics et par la croissance, les deux vont ensemble), les perspectives de croissance resteront très faibles et les risques d’insoutenabilité de la dette très forts.

L’Europe a aussi une autre option pour rendre sa dette soutenable : augmenter artificiellement les recettes publiques futures nominales par de l’inflation. Il faudrait pour cela changer le mandat de la Banque Centrale Européenne, qui s’est auto-fixé l'objectif unique d'une inflation légèrement inférieure à 2%, en objectif de 3% à moyen-terme et en y ajoutant la croissance et l’emploi comme la Reserve Federale américaine. Mais pour cela, il faudrait que les jeunes endettés reprennent le pouvoir politique sur les vieux épargnants qui nous ont floués.

Aux urnes, citoyens !