L'idée de recapitaliser les banques européennes est maintenant assez largement acceptée par les responsables européens qui vont préciser comment ils comptent faire ce weekend lors du sommet européen de Bruxelles.

Mais de combien les banques françaises ont-elles besoin ? Quel est l'enjeu ? Vous savez qu'une banque peut prêter de l'argent qu'elle n'a pas... avec une certaine limite. En effet si les emprunteurs ne remboursent pas la totalité de leur dette et que la banque n'a aucun matelas de sécurité, elle fait faillite. Il est donc communément admis par la communauté financière (via les règles de Bâle III) qu'une banque ne doit pas prêter plus de 11 fois ses capitaux propres, ou dit autrement en renversant la fraction, que ses capitaux propres doivent être d'au moins 9% de ses engagements. Et les banques françaises en sont particulièrement loin, comme le montre Jean-Pierre Chevallier dans un récent article.

Pou respecter les normes bancaires, la Société Générale devrait multiplier par 4,5 ses fonds propres, c'est-à-dire les augmenter de 80 milliards d'euros (!), la Banque Postale par 3,2 (+10 milliards "seulement"), le Credit Agricole par 3 (+92 milliards d'euros!) et la BNP par 2,5 (+100 milliards !!). Ces montants sont collossaux ! Cela correspond aux recettes de l'Etat français sur une année ! Et c'est très largement supérieur à la collecte brute en assurance vie sur une année (217,3 milliards en 2010). Si les banques faisaient appel à l'épargne privée, ce serait soit une ponction dévastatrice sur l'argent en circulation dans l'économie, soit une prise de contrôle des banques françaises par les fonds souverains du Qatar et de Singapour par exemple, ou par des méchants hedge funds anglo-saxons.

Cela se fera donc essentiellement par hausse des dettes publiques, nationales ou via le FESF, afin d'être neutre sur l'économie à court-terme. Cela se fera probablement sur des montants inférieurs, car les banques et l'Etat continueront d'abuser d'artifices pour prétendre que leurs capitaux propres sont supérieurs à ce qu'ils sont (en conisdérant des prêts comme des capitaux propres). Néanmoins, il faudra bien rembourser ces dettes et cet apport ne créera pas de richesses nouvelles, il corrigera juste les erreurs du passé. On comprend ainsi quel numéro d'équilibristes les politiques vont devoir jouer, à quelques mois d'élections majeures, pour faire passer la pilule sans que le peuple ne se rende compte de la baisse de pouvoir d'achat qui l'attend indéniablement ! Bon courage !