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Le ministre des finances George Osborne sortant de son bureau, présente au public et aux photographes la "red box", signe que le budget est clos.

Ca y est, un bon gros plan d'austérité débarque au Royaume-Uni. Plus sévère encore que celui de Thatcher lorsqu'elle est arrviée au pouvoir en 1981. Plan d'austérité qui avait, rappellons-le, permis à l'économie britannique de repartir sur de bons rails pour profiter d'une forte croissance pendant les 25 années suivantes.

Le gouvernement de coalition de David Cameron, formé par les conservateurs et les libéraux démocrates après les élections législatives du 6 mai, s'est fixé comme objectif de supprimer l'essentiel "du plus grand déficit budgétaire en Europe", en valeur absolue, sur cinq ans. "Ce budget est nécessaire pour restaurer la confiance envers notre économie", a plaidé le chancelier de l'Echiquier George Osborne, en présentant au Parlement son premier budget. Pour lui, ce budget "d'urgence" est "inévitable". "A moins que nous nous en occupions de manière déterminée, j'ai bien peur que notre pays coure à sa ruine", avait-il prévenu dimanche matin sur la BBC. Le gouvernement a déjà averti que faute de mesures drastiques, le pays se verrait retirer sa précieuse note "triple A" par les agences de notation, un scénario catastrophique qui conduirait à gonfler les intérêts de sa dette.

Si rien n'est fait, le déficit britannique devrait atteindre 155 milliards de livres sur l'année fiscale 2010-2011 commencée en avril, soit 186 milliards d'euros, d'après l'OBR, nouvel organisme chargé de surveiller les finances du royaume. A ce niveau, ce serait le montant le plus élevé de l'Union européenne cette année : il représenterait 10,5 % du PIB britannique. Le ministre a annoncé  au Parlement qu'à l'aide des nouvelles mesures budgétaires, il espérait voir passer ce déficit à 1,1% du PIB d'ici 2015/16.

Quelles mesures sont nécessaires pour diminuer un déficit de 10% du PIB ?

L'essentiel de cette réduction, qui représentera un tour de vis de 40 milliards de livres par an de plus, à la fin de la législature, que ce que prévoyait le Labour, proviendra d'une réduction sans précédent des dépenses publiques.

Le budget de chaque ministère baissera de 25% en moyenne sur quatre ans, hormis ceux de la santé et l'aide au développement, qui seront "sanctuarisés". La répartition précise de ces coupes sera annoncée cet automne.

Les fonctionnaires devront se serrer la ceinture, avec un gel des salaires pendant deux ans sauf pour les plus modestes, et un durcissement de leur régime de retraite. Le gel concerne les fonctionnaires payés au moins 21 000 livres par an (25 200 euros). La mesure épargne ainsi les 1,7 million qui gagnent moins que cette somme et constituent 28 % de la fonction publique britannique. Ceux-là recevront une augmentation forfaitaire de leur traitement de 250 livres pour chacune des deux années à venir.

George Osborne s'attaque aussi aux allocations sociales, "complètement hors de contrôle" selon ses propres termes, et à la fonction publique. Les allocations familiales et des réductions d'impôts en cas de maternité seront réduites.

Côté recettes, la TVA grimpera de 17,5 à 20% en janvier prochain. La taxe sur les plus values de capitaux va gonfler immédiatement, de 18 % à 28 %. M. Osborne a aussi annoncé, sans attendre le reste du monde, l'introduction en janvier 2011 d'une taxe sur le chiffre d'affaires des banques. Il est prévu de fixer le taux de cette taxe à 0,07%, ce qui devrait rapporter à terme 2,4 milliards d'euros par an.

Même la reine Elizabeth devra faire des efforts, avec un gel à 9,5 millions d'euros de sa "liste civile", l'enveloppe que lui verse l'Etat pour ses fonctions officielles.

Mais parallèlement, le chancelier Osborne a annoncé une réforme de l'impôt sur le revenu, qui était défendue avec vigueur par les libéraux démocrates, au nom de la justice sociale, et qui permettra d'en exempter près de 900.000 ménages à faibles revenus. Le gouvernement a également prévu de remonter de 1 000 livres (1 200 euros) l'abattement fiscal de l'ensemble des ménages assujettis au taux d'imposition le plus bas (20 %), soit un gain de 200 livres par contribuable concerné.

Cela peut sembler paradoxal, mais le gouvernement britannique a également soigné les entreprises avec des mesures ciblées. Il devrait ainsi réduire l'impôt sur les sociétés, de 28% à 24% en quatre ans, atteignant ainsi le taux le plus bas des pays comparables, et annuler une hausse programmée des cotisations patronales, autre promesse de campagne des tories. Le gouvernement fait donc le choix de priviliégier la création (et/ou le maintien) des emplois avant celui des revenus.