Il faut croire que seules les crises font avancer l’Europe ! Après une semaine où les doutes sur la capacité de la Grèce à rembourser ses dettes avaient fini par emporter les marchés boursiers dans une spirale baissière, nos gouvernant se sont réunis dimanche 9 mai jusqu’à pas d’heure pour accoucher d’un plan de sauvetage. De peur que la Grèce ne devienne le nouveau Lehman Brothers, dont la faillite avait amplifié une immense récession mondiale fin 2008. Avec une vraie nouveauté : l’Europe, qui n’était jusqu’ici qu’un amalgame de pays essayant de travailler ensemble, devient de fait une entité économique complète car elle est maintenant capable d’emprunter.

Via la Commission européenne d’abord. En empruntant sur les marchés, avec une garantie apportée par le budget communautaire, elle va être ainsi capable de prêter 60 milliards d'euros aux membres de la zone euro qui pourraient en avoir besoin. "Une vraie révolution, pour Elie Cohen, chercheur au CNRS

Par ailleurs, les Etats membres de la zone euro vont créer une société spéciale chargée d'emprunter sur les marchés, et lui apporter leurs garanties, proportionnellement à leur participation dans le capital de la BCE - soit 88 milliards environ pour la France. Cette société ad hoc, de droit privé luxembourgeois, sera capable d'emprunter jusqu'à 440 milliards d'euros pour le prêter ensuite aux pays qui le demandent. En tout, donc, 500 milliards d'euros sont mobilisables.

Une somme gigantesque, à laquelle il faut ajouter 250 milliards d'euros que le FMI pourra lui aussi fournir. 750 milliards, donc. « le FMI sera là pour faire le sale boulot en cas de non respect par un pays de ses engagements en matière de redressement budgétaire. Il a l'expertise et les moyens pour le faire. » dit l’économiste Michel Aglietta

En comparaison, "les besoins de financement sur trois ans de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal et de l'Irlande sont estimés à 500 milliards au maximum".

Par ailleurs, la Banque Centrale Européenne fait elle aussi un grand pas. Pour la première fois, elle a accepté, sous la pression des marchés et des Etats, d'appliquer une mesure à laquelle elle s'était toujours catégoriquement opposée : elle va acheter des obligations d’état, des titres de dettes émis par la Grèce et le Portugal par exemple et détenus par d’autres investisseurs actuellement (le marché secondaire, c’est-à-dire « d’occasion »). Ce n'est pas "une infraction à la lettre du Traité de Lisbonne [qui n’interdit que les achats directs auprès des pays, le marché primaire] mais c'est certainement une infraction à son esprit", résume Nicolas Doisy, économiste à Cheuvreux. C’est ce qui explique le rebond de 20% des valeurs bancaires lundi 10 mai : elles en possèdent un paquet et sont désormais assurées de retrouver leur mise. La valeur des obligations grecques, qui évolue à l’inverse des taux, a augmenté de 36% lundi 10 mai !

"L'idée est de substituer un emprunteur crédible, constitué de l'addition des pays de la zone euro, à ceux qui ont perdu leur crédibilité", décrypte Nicolas Bouzou, économiste chez Astérès. "Les Allemands ont été contraints d'accepter, dans l'urgence, le principe d'une co-responsabilité de la dette, qu'ils avaient refusé jusqu'ici, analyse de son côté Elie Cohen. Parce qu'elle est désormais consolidée, la dette de l'ensemble des pays de la zone euro suscite moins la méfiance des marchés.

Effectivement, alors que la Grèce empruntait avant ce plan à plus de 10% et le Portugal à 6%, la France et l’Allemagne n’ont besoin de payer que 3% pour trouver des investisseurs pour financer leur dette.

Ce plan offre un répit de deux ans aux Etats de la zone euro pour redresser leurs finances publiques. Il s’agit maintenant pour chacun d’entre eux de combler son déficit public afin de ne plus être dépendant des marchés financiers pour fonctionner à moyen-terme. Certains appellent cela des plans de rigueur.