L'INSEE a publié le 31 mars les premiers résultats complets du déficit public de 2008 : http://insee.fr/fr/indicateurs/indic_conj/donnees/doc_idconj_37.pdf.

Celui-ci ressort à 66,2 milliards d'euros (Mds€), soit 3,4% du PIB (contre 51,7 Mds€, soit 2,7% en 2007). C'est supérieur aux précédentes estimations officielles (3,2%) mais inférieur à la mienne qui était de 3,7%. Je dois d'ailleurs revoir celle-ci en baisse de 0,2 points car j'avais oublié d'y inclure les excédents des régimes de retraite complémentaire et du régime de l’assurance-chômage.

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Les chiffres publiés ne me semblent pas intégrer la totalité de la dégradation de l'activité des derniers mois de 2008 : ils seront probablement revus légèrement à la hausse pour s'établir finalement à 68 ou 69 Mds€, soit 3,5% du PIB.

Surprenant en effet : le déficit des administrations publiques locales ne se serait dégradé que de 0,9 Mds€ en 2008 - alors que leurs ressources liées aux transactions immobilières se sont effondrées - quand il s'était creusé de 4,6 Mds€ en 2007, année de forte croissance. Ces données décentralisées mettent probablement plus de temps à remonter à l'INSEE...

La dégradation du déficit de l'Etat (+15 Mds€), dû à l'effondrement des recettes de TVA, de TIPP et d'Impôt sur les Sociétés en fin d'année, explique l'essentiel de la dégradation de comptes publics.

Enfin, le déficit de l'ensemble des organismes de sécurité sociale ne se serait dégradé que de 0,5 Mds€ sur 2008 versus 2007, grâce aux fortes créations d'emplois courant 2007 : la dégradation du régime général de la sécurité sociale (1 Mds€) a été en partie compensée par l'amélioration de la situation de l'assurance chômage début 2008.

J'en profite pour souligner la remarquable vertu de la gestion financière de cette branche. Ses dépenses d'indemnisation du chômage étant en baisse au cours des dernières années elle aurait pu, si elle avait raisonné comme le reste des administrations publiques, abaisser les cotisations dès que son déficit annuel s'est transformé en excédent début 2006. Au contraire, elle a résisté aux pressions en mettant en avant son "déficit cumulé" - c'est-à-dire sa dette - de 13 Mds€, qu'il fallait résorber avant de vouloir être plus généreux. Elle a ainsi dégagé un excédent remarquable de plus de 6 Mds€ en 2007, puis 4 Mds€ en 2008 et ramené son déficit cumulé à 5 Mds€ (donc réduit sa dette de 60%). Elle se retrouve maintenant dans une situation beaucoup plus saine et solide pour affronter la crise que celle du reste des administrations publiques : dans le même temps - de 2006 à 2008 - la sécu creusait sa dette de 30 Mds€ et l'Etat... de 182 Mds€ !

Pour la petite histoire, en 2008 les dépenses publiques totales de la France ont dépassé pour la première fois la barre des 1000 milliards, à 1027,7 Mds€ (+3,7%, après +4% en 2007).

Je remets à jour mes prévisions de déficit 2009 :

  • 100 Mds€ pour l'Etat (+75%), en ligne avec la prévision officielle
  • 20 Mds€ pour les organismes de sécurité sociale (multiplié par 22 !), dont 20 Mds€ de déficit pour le régime général de la sécurité sociale et à peu près l'équilibre pour l'assurance chômage et les retraites complémentaires
  • 15 Mds€ pour les administrations publiques locales (+36%, en prenant pour hypothèse que le chiffre 2008 sera révisé à 11 Mds€, contre 8,6 estimé aujourd'hui par l'INSEE)

Total déficit public 2009 = 135 Mds€, soit 7,2% du PIB (qui baissera de 1950 à environ 1880 Mds€ : baisse du PIB réel de 3% - un des plus faibles reculs en occident - et baisse des prix moyenne de 0,5%)

La dette publique déjà à 1327,1 Mds€ à la fin de 2008, soit 68% du PIB, atteindra 1460 Mds€, soit plus de 77% du PIB dès la fin de 2009.

C'est ce qu'on appelle être sur une mauvaise pente.


Pour info : voici l'évolution de ces ratios depuis 2001 (publiés par lINSEE).

ratios_finances_publiques