NON A LA DETTE !!

«Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants.»

26 février 2009

Voyages aux pays de la crise

Comme Erik Orsenna - qui nous fait voyager aux pays du coton dans son livre éponyme - je vous propose un rapide tour d'horizon des pays qui vont très mal. Et ils sont nombreux. Sans parler de la Somalie et surtout du Zimbabwe qui connaissent actuellement des conditions humaines dramatiques (des milliers de morts par la faim et les maladies), de nombreux pays dans le monde sont dans des situations économiques désastreuses, sans précédent depuis au moins 75 ans.

États-Unis : les banques zombies

Impossible de ne pas commencer par la cause du problème : c'est bien-sûr aux États-Unis que l'augmentation incontrôlée de la dette a été la plus forte. L'explosion de la bulle immobilière et la crise financière y ont été tellement violentes que les pertes des banques pourraient atteindre 3600 milliards de dollars, selon Nouriel Roubini, économiste désormais célèbre pour avoir prévu cette crise dès 2006. « Si c’est le cas, cela signifie que le système bancaire US est effectivement insolvable, car il ne dispose que de 1400 milliards de capitalisation. » La plupart des banques américaines ne sont donc encore en activité que parce qu'elle n'ont pas encore comptabilisé ces pertes. Georges Soros, investisseur milliardaire, a déclaré ce lundi 23 février : « Nous assistons à l'effondrement du système financier ». Pour lui ces turbulences économiques sont plus sérieuses que la dépression des années 30 et il a comparé la situation actuelle à celle de la fin de l'empire soviétique. Avis partagé par Paul Volker, ancien président de la Banque Centrale des États-Unis et actuel conseiller de haut rang du Président Obama : « Je ne me souviens pas que les choses se soient effondrées aussi rapidement et uniformément dans le monde entier, ni même pendant la Grande Dépression ».

Chine et autres exportateurs : chômage technique

Cette crise étant une profonde remise en question pour tous, comme l'explique de manière imagée mais pertinente Bill Bonner, la demande pour certains produits finis (voitures, téléphones, électroméngaer, textile, jouets...) ou intermédiaires (composants électroniques) s'est effondrée. Ceci impacte très fortement la Chine, dont la croissance est d'environ zéro depuis mi-2008 (peut-être en-dessous) ce qui a conduit des dizaines de millions d'ouvriers migrants a rester cultiver des champs au lieu de retourner travailler en usine après les congés annuels, ces usines ayant fermé par milliers. Les exportations, et donc la production, sont aussi en net recul chez d'autres pays exportateurs comme Taiwan, la Corée, Singapour et le Japon.

Europe de l'est : crise de financements

Pendant les quinze dernières années, la forte croissance de l'Europe de l'est a été favorisée par de grands investissements financés par des banques d'Europe de l'ouest en monnaie d'Europe de l'ouest. Soudain, la demande a ralentit et les investisseurs ont massivement retiré leurs capitaux, entraînant une chute des monnaies non arrimées à l'euro, comme le Hryvnia ukrainien, le Forint hongrois ou - plus près de nous - le Zloty polonais qui a perdu un tiers de sa valeur en 5 mois par rapport à l'euro et au franc suisse. Or, 60% des emprunts immobiliers polonais ont été souscrits en francs suisses (les emprunteurs ayant voulu profiter de taux plus bas mais ils viennent de perdre beaucoup plus que les quelques pourcents économisés jusque là). A moins que leurs monnaies ne remontent vite, nombre d'emprunteurs, particuliers et entreprises, vont faire défaut en Europe de l'est, entraînant des banques, voire mêmes des Etats à la faillite. Ceci est un risque de plus pour les prêteurs de l'ouest.

Irlande, Royaume-Uni et Espagne : effondrement d'une énorme bulle immobilière

On a construit beaucoup trop de logements (achetés à crédit), surtout en Espagne, ce qui a créé l'illusion d'une croissance durable. Une chute du PIB de 10% dans ces trois pays parait un minimum avant une éventuelle stabilisation. L'Irlande, peut-être parce qu'elle est entrée en récession la première et que son déficit public dépassera 10% du PIB la première, l'a déjà admis et a commencé à "répartir" cette baisse : les traitements des fonctionnaires ont été diminués de 7,5%. Une hausse des impôts aurait peut-être été plus pertinente dans ce pays où ils sont très bas, mais c'est déjà un exemple courageux (et n'ayez aucun doute là-dessus) : on ne sortira de cette crise que lorsque l'on aura accepté d'abandonner une partie de notre niveau de vie.

Italie : premier pays à quitter la zone euro ?

Ce pays qui possède une grosse industrie exportatrice subit comme les autres la dépression mondiale, mais en plus il y était très mal préparé : déficit public déjà proche de 3% du PIB pendant les bonnes années (ça vous rappelle un de ses voisins ?), dette publique déjà supérieure à 105% du PIB, perte de compétitivité, un clown au pouvoir... En conséquence, les investisseurs exigent un taux d'interêt de plus en plus élevé pour financer cette dette : 4,5% alors qu'ils prêtent à 3% seulement à l'Allemagne (soit 50% d'écart alors que c'était moins de 10% d'écart il y a un an, comme le montre ce graphique emprunté à Jean-Pierre Chevallier). La menace est claire : il y a une probabilité croissante pour que soit l'Italie fasse défaut, soit elle quitte la zone euro et dévalue fortement sa monnaie.

Japon : effondrement général

Prenez les problèmes de l'Italie, multipliez les par deux : vous venez d'atterrir au Japon ! Déjà une dette publique de 194% du PIB et une déflation interminable qui n'aide pas à réduire ce ratio. Et enfin, une production industrielle qui vient de s'effondrer d'un tiers, essentiellement au cours des quatre derniers mois. C'est un cataclysme pire que les pires heures de la Grande Dépression aux États-Unis ! Avec la baisse du PIB, la dette deviendra vite insoutenable. La hausse du yen, dûe au dénouement des positions de carry trade et autres spéculations "chartistes" (vous savez "l'analyse technique" qu'utilisent les traders et qui dit - en gros - que si ça monte ça va continuer, et inversement), ayant causé cette chute brutale (plus forte qu'ailleurs), seule la baisse du yen, qui relancerait l'inflation, diminuant ainsi le poids de la dette par rapport au PIB, et redonnerait de la compétitivité à des firmes comme Toyota ou Sony, permettrait de ralentir la catastrophe. Celle-ci me paraît donc inévitable dès que les traders arrêteront de considérer le yen comme une valeur refuge en temps de crise.

Allemagne : victime de l'arrêt des investissements

Je terminerai par l'Allemagne, premier exportateur mondial, pour illustrer les effets de la panne d'investissements dans le monde. Les PME allemandes fournissaient de nombreuses machines aux usines (notamment chinoises) pendant la période de croissance, quand soudain la demande s'est effondrée. En effet, en période de décroissance, les usines n'ont pratiquement besoin d'aucune machine, pas même pour remplacer les anciennes et maintenir le niveau de production, puisque celle-ci décroît. La demande à l'industrie allemande peut potentiellement chuter très bas et très vite. Le PIB total a déjà baissé de 2,1% au quatrième trimestre 2008 par rapport au troisième et une chute de plus de 5% sur l'ensemble de 2009 n'est plus exclue par le chef économiste de la Deutsche Bank.

Et la France dans tout cela ?

Elle a un peu des problèmes de chacun, mais chacun en moins grave. Il faut avouer que le fort poids de l'Etat et des transferts sociaux dans l'économie, qui l'empêche de croître aussi vite que ses voisins pendant les bonnes périodes, l'empêche aussi de décroître trop vite quand cela va mal. Les indemnités chômage notamment évitent aux revenus et donc à la consommation de soudain s'effondrer quand beaucoup perdent leur emploi. Mais cela se fait au prix d'un déficit public qui augmente vite, très vite. Ceci constitue un fort plan de relance de fait (que les économistes appellent "les stabilisateurs automatiques"), supérieur à 70 milliards d'euros, puisque le déficit public sera passé de 50 milliards en 2007 à plus de 120 milliards en 2009.

En conclusion de ce rapide tour du monde, la soudaine baisse, de l'ordre de 20%, de la demande pour les biens manufacturés dans le monde crée instantanément des surcapacités énormes dans la plupart des secteurs, qui ont au moins trois conséquences :

- potentiellement 20% des emplois industriels peuvent être détruits très vite, comme le montre la hausse à une vitesse sans précédent du chômage, en France comme ailleurs, et ce alors que le bâtiment n'a pas encore commencé à détruire d'emplois (il devrait vraisemblablement détruire en quelques mois les plus de 200 000 emplois créés pendant la bulle immobilière)

- une baisse de la consommation de matières premières, qui certes réduira la pollution industrielle et les émissions de CO2, mais aura des conséquences graves sur les pays exportateurs non diversifiés (comme la Russie dont les recettes fiscales vont baisser de 32% cette année)

- l'arrêt des investissements et donc une brutale chute de la demande en équipements

Posté par nonaladette à 07:22 - Economie, marchés - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 février 2009

Le déficit public a atteint au moins 3,7% en 2008

Oui Non A La Dette sert à quelques chose ! En effet, de nombreux médias ont commenté vendredi 13 février la hausse du déficit de l'Etat, à 56,2 milliards d'euros en 2008 contre 34,7 milliards en 2007, soit une hausse de 62% ! Mais apparemment aucun de ces journalistes ne sait compter ! Je n'en ai pas trouvé un pour remettre en cause les prévisions du gouvernement : le déficit serait - selon le ministre des comptes publics Erik Woerth - de 3,2% en 2008 et de 4,4% en 2009. Eh, les gars, réveillez-vous ! Le déficit a déjà atteint au moins 3,7% en 2008 ! Et il sera supérieur, en prolongeant la tendance actuelle, à 6% en 2009 et 2010. Explications.

L'augmentation du déficit de l'Etat en 2008 est le résultat d'une baisse des recettes et d'une hausse des dépenses. Forte baisse des recettes de TIPP (-6,9%), de TVA (-1,3%, concentrée sur les deux derniers mois de l'année), d'Impôt sur les Sociétés (-3,3%). Seules les recettes d'impôt sur le revenu augmentent de 3,4%, car elles mettent plus de temps à baisser (on a payé en 2008 l'impôt sur nos revenus de 2006). Pendant ce temps, les dépenses ont augmenté de 2,8% dans leur ensemble ! Dont 12,4% pour la charge de la dette, dépenses contrainte résultant des déficits passés.

Le déficit de la Sécurité Sociale devrait s'établir à 10,5 milliards contre 9,5 en 2007. D'après un rapide calcul, 100 000 emplois perdus augmentent son déficit au bout d'un an de 3 milliards d'euros. Ainsi, les 136 000 emplois perdus depuis septembre ont déjà augmenté le déficit d'1,2 milliards (la sécu prévoyait 9,3 milliards de déficit au mois de juin), et devraient le creuser de 2 milliards de plus en 2009. Si 200 000 emplois disparaissent au premier semestre 2009, le déficit augmentera encore de 4 milliards. Sans compter les éventuelles destructions d'emplois du deuxième semestre, ni le ralentissement des salaires de ceux qui conserveront leur emploi, cela portera donc le déficit aux alentours de 16 à 17 milliards en 2009.

Pour calculer le déficit public total, il faut encore ajouter le déficit des collectivités sociales et des autres administrations publiques (6,1 milliards en 2007), qui aura forcément augmenté car leurs recettes (assises notamment sur des droits sur les ventes immobilières) ont baissé en 2008.

Ainsi, le déficit public 2008 qui sera connu officiellement fin mars sera au minimum de 56,2 + 10,5 + 6,1 = 72,8 milliards d'euros, soit 3,7% du PIB, contre contre 50,3 milliards, soit 2,7% du PIB en 2007 !

La dette publique atteindrait ainsi 67,4% fin 2008 (1313 milliards) contre 64,2% fin 2007 (1210 milliards). C'est mon estimation minimum, la dette à fin septembre était déjà de 1283 milliards.

Et tous les chiffres cités, aussi graves qu'ils puissent paraître, sont des minimums ! Si le déficit public a augmenté d'un point sur l'année 2008 entière à cause de seulement 4 mois de crise (septembre-décembre), cela veut dire qu'il augmente à un rythme de 3 points par an ! Par conséquent à ce rythme un déficit de 6 à 7% pour 2009 parait plus probable. Auquel s'ajoutera chaque mesure d'un éventuel plan de relance supplémentaire...

Posté par nonaladette à 15:30 - Finances publiques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 février 2009

Un plan de sauvetage de l'automobile contre-productif et illégal ?

A peu près tous les constructeurs automobiles du monde font désormais des pertes depuis le dernier trimestre 2008... et jusqu'à nouvel ordre. Et pour cause, en France par exemple, la production de véhicules légers sera passée de 3 millions à 2 millions entre 2003 et 2009, en raison d'une lente mais progressive délocalisation d'abord, puis d'un effondrement de la demande ensuite.

Un tiers de voitures en moins, mais toujours autant d'usines ! Et bien qu'ils soient réalistes dans leurs perspectives (PSA prévoit des volumes en baisse de 20% en 2009, puis stables ensuite) nos constructeurs ont néanmoins accepté les conditions imposées par le gouvernement français dans le cadre de son plan de soutien à l'industrie automobile : ne pas fermer d'usines pendant 5 ans. Autrement dit garder un appareil productif sous utilisé (pour un tiers c'est énorme).

Conséquence n°1 : des usines qui tournent à 60%, c'est plus de frais fixes à couvrir sur la vente de chaque véhicule. Ainsi, les voitures produites en France vont devenir plus chères par rapport à ceux qui vont adapter leur production à la demande où ceux qui restent dans une tendance de hausse à long-terme de la demande (République Tchèque, Roumanie...). La compétitivité de notre industrie est donc menacée à terme, avec des conséquences beaucoup plus graves que si nous avions fermé quelques usines aujourd'hui. Ce qui aurait pu au contraire nous rendre compétitif à nouveau pour exporter des voitures innovantes...

Conséquence n°2 : les constructeurs feront probablement des pertes jusqu'à nouvel ordre (5 ans, voire plus) car je n'imagine pas les achats de voitures neuves rebondir dans le monde de demain. Pour le contribuable, cela revient à mettre l'industrie automobile en perfusion permanente d'argent public : l'Etat possède 15% de Renault et a déjà perdu 3,4 milliards dans la baisse de sa valeur et il va devoir subventionner ces pertes (via le dédommagement du chômage partiel, la suppression de la taxe professionnelle, le bonus/malus - surtout bonus pour nos Peugeot et Renault - et toutes les autres aides directes ou indirectes aux constructeurs nationaux).

Enfin notre président, étant redevenu le simple président de la France, semble avoir oublié que nous partageons avec nos voisins un "marché unique", une grande union économique et monétaire européenne. Ceci comporte des règles, notamment de ne pas utiliser de mesures protectionnistes qui pourraient compromettre la compétitivité de nos voisins. Les suédois Volvo et Saab, déjà en piteux état, se rapprocheront encore plus de la faillite si l'état français favorise leurs concurrents. En effet, deux aspects sont criticables (et critiqués) dans le plan français : d'une part l'Etat prête - facilement - 7 milliards à 6%, alors que les entreprises se finançaient - difficilement - à 11% ou 12% ; de l'autre il assortit ce prêt d'une condition de non-délocalisation, non acceptable par nos camarades, notamment Tchèques, qui sont prêts à acceuillir d'autre usines Peugeot très compétitives.

La Commission Européenne annulera peut-être bientôt ce plan. Les dirigeants et actionnaires de Peugeot et Renault, ainsi que l'Etat, devront alors prendre leurs responsabilités et décider de solutions pour repartir dans un situation durable.

Posté par nonaladette à 23:15 - Finances publiques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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