Le point sur les indicateurs clés de l'économie

Le marché interbancaire est toujours en crise

L'EURIBOR à 1 an reste stable par rapport à la semaine dernière à un niveau très élevé (5,49%) : le système dans son ensemble devrait rester debout grâce aux centaines de milliards injectés par les contribuables (via leurs gouvernements) pour le sauver. En revanche, la faillite de certains établissements bancaire à court-terme n'est pas écartée par les marchés, en témoignent la hausse de l'EURIBOR à 3 mois : 5,38% (5,28% il y a une semaine) et celle encore plus forte de l'EURIBOR à 1 semaine : 4,99% (4,83% il y a une semaine, 4,40% il y a un mois). On devrait donc découvrir d'ici à la fin de l'année les derniers "cadavres", les dernières faillites de banques, après lesquelles les banques restantes, c'est-à-dire les banques saines, recommenceront à prêter aux autres. Mais le mal ne sera-t-il pas déjà fait ?

L'Occident en récession (France en premier)

La panique qui a pris les marchés depuis la faillite inimaginable de Lehman Brothers a eu une conséquence très vive : la baisse de la consommation des ménages, plus forte qu'après les attentats du 11 septembre 2001 ! A l'époque cette chute avait été courte. Aujourd'hui il pourrait en être autrement : on s'est tous rendu compte qu'une grande partie de la croissance des dernières années était fictive car basée sur une hausse de l'endettement. Or désormais la tendance est à la baisse de l'endettement, à la fois parce que les banques ne veulent plus prêter et parce que les ménages ne veulent plus acheter de logements (autant attendre 3 ans et les acheter 20% moins cher!).

Quel impact sur la croissance ? Le potentiel de croissance de la France (c'est-à-dire la croissance moyenne si la conjoncture est neutre) était de 1,5% ces dernières années, il tend vers 1% au cours des prochaines (voir ma note "Le temps de la croissance économique est-il terminé ?" du 22 aout pour lire pourquoi je pense que le potentiel de croissance a une tendance décroissante). Or, on a eu en moyenne 0,7 points de plus au cours des dernières années (2,2% de croissance), donc pour compenser et revenir au niveau d'endettement "normal" qui prévalait pendant les années 90, on ferait 0,7 points de moins si cette récession durait autant que la période de croissance. Mais vous savez comme moi que les récessions sont plus courtes que les périodes de croissance. Si celle-ci est deux fois plus courte, on aurait 1,4 points de moins que le potentiel de croissance au cours des deux prochaines années, soit -0,4% par an. Ce serait alors une vraie récession.

Ci-dessous un récapitulatif de mes prévisions de croissance pour la France, par trimestre et par année (et oui je me prends pour un économiste maintenant!). Je suis en ligne avec les prévisions de l'INSEE pour la fin de 2008 (ils prévoyaient -0,1% par trimestre, mais c'était avant le fort ralentissement de fin septembre, donc j'ai -0,2%). Pour 2009, je pense que j'ouvre le bal avant que tous les journaux économiques ne prévoient eux aussi une récession sur l'année. Quant à l'objectif du budget du gouvernement (1%), il faudrait un miracle, plus précisément une croissance de 0,5% par trimestre pour l'atteindre.

Croissance     2007    2008    2009    2010    2011
    Q1   Q2   Q3   Q4   Q1   Q2   Q3   Q4   Q1   Q2   Q3   Q4   Q1   Q2   Q3   Q4   Q1   Q2   Q3   Q4
Trimestrielle   0,6   0,6   0,7   0,4   0,4   -0,3   -0,2   -0,2   0   0   0   0   0   0   0   0   0,2   0,2   0,2   0,2
Annuelle    2,2%    0,8%    -0,3%    0,0%    0,5%

Hélas pour nous et nos enfants, les pays européens vont invoquer les circonstances exceptionnelles pour laisser filer les déficits loin au-delà des 3% du PIB. La dette augmentera alors très vite (et je ne parle pas du coût des plans de sauvetage des banques qui forceront l'Etat a s'endetter beaucoup plus). Cela aurait été acceptable si la France avait, comme presque tous ses voisins, réduit ses déficits pendant la période de croissance supérieure à son potentiel (2004-2007). Encore aurait-il fallu faire le bon diagnostic. Notre président, qui je le rappelle avait dans son programme l'instauration de crédits subprimes aux ménages insolvables français (!), estimait que la croissance pouvait passer de 2% à 3% en augmentant encore l'endettement des ménages ! Mais c'était à nous de choisir le bon docteur…

En Zone Euro on aura à peine plus de croissance, tandis qu'aux Etats-Unis la croissance pourrait rester supérieure à 1% grâce aux gains de productivité réalisée par leurs entreprises depuis plusieurs mois.

Le chômage remonte

Si vous avez vu les chiffres du mois d'août je ne vous apprends rien : l'économie française a détruit 40 000 emplois. Pour prendre la mesure de ce chiffre, il faut savoir que la population active française croît de 50 000 têtes par an, et donc à long-terme l'économie française crée 4 000 emplois par mois. Le mois d'août efface donc d'un trait 10 mois de création d'emplois ! Autre comparaison, les Etats-Unis ont détruit 70 000 emplois en août, soit 3,5 fois moins rapporté à leur population.

Et c'était avant le ralentissement de la consommation de fin septembre ! Quand on sait que les entreprises françaises n'ont fait aucun gain de productivité depuis 18 mois, il va bien falloir qu'elles les fassent quand elles seront confrontées à une baisse de leur chiffre d'affaires et/ou de leurs financements. Si on regarde là où la bulle a déjà éclaté, le chômage est passé en un an de 8,6% à 11,3% en Espagne et de 4,7% à 6,1% aux Etats-Unis. Sachant que ce taux augmente facilement de 3 à 4 points à chaque récession depuis un demi-siècle, et sachant que nous vivons la plus grave crise depuis plus d'un demi-siècle, il pourrait remonter à près de 12% en France d'ici deux ans. Sauf si les salaires diminuent (mais quel salarié l'acceptera?).

L'inflation va baisser très vite

Seule bonne nouvelle, ce ralentissement économique, comme tous les autres, diminue la pression sur l'inflation. La hausse des prix avait été tirée par celle du pétrole (dont l'essentiel a eu lieu entre septembre et décembre 2007), il en sera donc de même pour leur baisse. Le prix des matières premières importées s'effondre (-5,6% en septembre après -6,6% en aout). Sur un an, le prix du blé a baissé de 36% ! Si le soja et le maïs sont respectivement en baisse de 7% et en hausse de 12% sur un an, il ont predu 31% et 33% depuis 3 mois !

Les deux facteurs volatiles (alimentation et énergie) prenant désormais une tendance à la baisse, l'inflation totale sera donc bientôt inférieure à l'inflation sous-jacente, qui est restée à 2,0% contrairement à ce que craignait Jean-Claude Trichet. Je vous annonce donc que l'inflation retombera sous la limite acceptable par la Banque Centrale Européenne (2%) dès décembre en France et janvier dans l'ensemble de la zone euro. La BCE acceptera donc (elle devrait même s'en rendre compte très vite) que le risque d'effets de second tour de l'inflation (une hausse de l'inflation sous-jacente via une hausse des salaires) est désormais nul, elle acceptera enfin de baisser ses taux, et même assez fortement car elle verra bien à quel rythme l'immobilier commence à baisser, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la croissance et l'emploi (objectifs n°2 de la BCE). Après tout, la Banque Centrale australienne vient bien de baisser ses taux directeurs d'1% d'un coup ce mardi 7 octobre ! La BCE baissera probablement de 0,25% ses taux directeurs tous les mois et probablement dès le mois d'octobre. Ceci pourrait ralentir la chute de l'immobilier et de l'investissement des entreprises, ce qui constituerait une bonne nouvelle dont on a tant besoin pour l'économie réelle !