Après le rebond des marchés fin mars, le pire de la crise semblait être passé. On s'interrogeait désormais sur les effets qu'elle aurait sur l'économie réelle, la croissance du PIB. Mais la crise financière était toujours là et les évènements se sont accélérés ces derniers jours : plusieurs établissements financiers parmi les plus grands aux États-Unis, et donc au monde, ont été rachetés par des concurrents (comme Merril Lynch), ont fait faillite (comme Lehman Brothers) ou ont été nationalisés, comme Fannie Mae, Freddie Mac et AIG.

Parallèlement, la finance s'est auto-mutilée : certains investisseurs vendant à découvert (c'est-à-dire avant de les avoir achetées) des actions d'autres banques pour spéculer sur une baisse du cours, ils en ont en fait précipité la déroute. Et Morgan Stanley, la cible principale, n'avait plus que quelques jours pour trouver un repreneur, sous peine de faillite. Déjà, tous ces évènements en quelques jours, c'était "BIG". Mais la partie la plus BIG, la plus énorme, sans précédent, est arrivée jeudi soir : un plan de sauvetage public massif.

Pour un libéral comme moi, cette idée est difficile à accepter : les perdants devraient être responsables de leurs pertes. Mais celles-ci les ont dépassées, et l'État américain a jugé que les méthodes libérales n'ayant pas enrayé la crise, il (c'est-à-dire les 300 millions de contribuables américains) étaient le dernier mastodonte assez solide pour sauver tous les autres. C'est donc lui qui va prêter à toutes les banques qui en ont besoin de l'argent en échange de garanties plutôt fragiles : tous ces produits financiers contenant du subprime pour lesquels plus personne ne veut payer un centime ! Ceci devrait coûter au contribuable américain de l'ordre de 1,000,000,000,000.00 dollars (1000 milliards de dollars) !

Après cela, un constat s'impose : dans le monde dans lequel nous vivions ces dernières années : les profits étaient privés et les pertes collectives. Même si jusqu'ici on pouvait donner quelques exemples du contraire (l'État français s'est enrichi d'environ 2 milliards d'euros en sauvant Alstom par exemple), cet évènement du 18 septembre 2008 les efface d'un trait. Les peuples n'accepteront plus ces règles du jeu, désormais trop évidentes. Par ailleurs, les investisseurs auront eux aussi du mal a accepter des règles changeantes en cours de partie (l'interdiction des ventes à découvert par exemple).

Bref, nous venons de changer d'époque et entrons dans un période instable, car on ne sait pas ce qui remplacera ce capitalisme financier. Le capitalisme d'Etat chinois ou russe ? L'idéal socialiste de certains européens et sud-américains ? Nous allons tous nous poser beaucoup de questions. Et notamment une : dans quelle direction le prochain président américain, qui a clamé pendant sa campagne incarner LE changement, va-t-il diriger son pays ? Monsieur Obama, le monde vous regarde.