Je n'ai pas écrit depuis plus de deux semaines sur mon blog et je m'en excuse. Voici un point sur l'actualité de l'économie mondiale.

Depuis ma dernière note, consécutive au début d'un nouveau mouvement de panique sur les marchés, le CAC40 a encore perdu 6%, revenant ainsi sur ses plus bas annuels. C'est-à-dire au niveau de novembre 2005, effaçant ainsi deux années de belle hausse. Il faut dire que les mauvaises nouvelles d'indicateurs économiques pleuvent (montée du chômage aux Etats-Unis et en Espagne, baisse de la construction et des ventes d'automobiles partout, inflation généralisée...). L'euro a continué de monter face au dollar, car une légère hausse des taux directeurs de la BCE en juillet (d'1/4 de points à 4,25%) se fait plus probable, alors que la Federal Reserve américaine va laisser les siens à 2% pendant plusieurs mois encore. Je pense que cette tendance finira par s'inverser en 2009 : la Fed pourrait augmenter ses taux suite à un rebond de la croissance et de l'inflation alors que la BCE devra baisser le siens en raison d'une dégradation de la conjoncture économique sur le vieux continent.

Un élément fort a renforcé cette idée mercredi 25 juin 2008 : en Irlande, pays très touché par la crise des subprimes et le ralentissement de l'activité dans le bâtiment, l'Economic and Social Research Institute (ESRI), très réputé dans l'île, a dit tabler désormais sur un repli de 0,4% du produit intérieur brut (PIB) cette année, autrement dit une récession. Pas de chance, si le référendum pour la traité de Lisbonne avait été fait il y a un an quand la croissance était encore supérieure à 5%, l"issue du scrutin aurait peut-ête été différente.

En Espagne, la forte croissance des années 2000 a été nourrie par une bulle immobilière (le pays construisait chaque année davantage de logements que l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France réunis) qui éclate aujourd'hui avec une violence décuplée par la récente envolée du taux de l'Euribor se répercutant directement sur les 98% de prêts immobiliers espagnols qui sont à taux variables. Le Premier Ministre José Luiz Rodriguez Zapatero a décidé lundi 23 juin le gel de l'évolution de son salaire (alors que d'autres s'augmentent de 170%...) ainsi que ceux des hauts fonctionnaires du pays, ce qui s'apparente à montrer aux espagnols de ce qui les attend, et ce alors que l'inflation est voisine de 5% ! Au moins, l'Espagne avait eu le bon réflexe de dégager des excédents budgétaires, c'est-à-dire de rembourser une partie de sa dette publique, pendant les périodes fastes.

Et dans le reste de l'Europe la situation n'est guère florissante. Au Royaume-Uni, la croissance pourrait rester légèrement supérieure à zéro sur l'année, malgré quelques trimestres de récession possible. A l'Est les pays Baltes entrent aussi en récession après de longues années de folle croissance. Le Portugal a vu son PIB se réduire entre le 4e trimestre 2007 et le 1er trimestre 2008. Les Pays-Bas et la Suisse ont connu une croissance quasi-nulle, ce qui est la cas aussi des Etats-Unis. La Hongrie, très mauvaise élève en matière ce comptes publics ces denières années (j'y reviendrai bientôt dans une note dédiée), connaît une croissance proche de zéro depuis plusieurs trimestres, tout comme l'Italie. En Nouvelle-Zélande, l’indice de confiance des ménages Westpac a enregistré une baisse sensible, atteignant un niveau caractéristique d'une récession là-aussi.

La France, dont l'économie très sociale avec ses forts matelas de sécurité (hausse automatique du SMIC pour compenser l'inflation, indemnisations chômage généreuses...) subit moins les chocs externes que les autres (à la hausse comme à la baisse) s'en sort relativement bien pour l'instant et se retrouve dans la moyenne européenne pour la croissance (ce qui reste médiocre étant donné que notre croissance démographique est supérieure d'1/2%). Elle est aidée en cela par la performance remarquable de l'Allemagne (+1,5% d'un trimestre sur l'autre, ce qui ferait plus de 6% par an à ce rythme!), qui tire l'ensemble de ses voisins : Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Autriche et France en particulier. L'Allemagne tire profit de ses efforts de productivité des années passées (modération des salaires, transfert de la fiscalité des coûts salariaux vers la TVA... j'y reviendrai aussi dans une note dédiée) mais aussi bien-sûr d'une demande forte des pays émergents pour ses machines et équipements industriels.

Cela durera-t-il ? J'en doute. Car les deux principales causes du rebond de l'inflation depuis un an, la hausse du prix des carburants et de la nourriture, ont un impact beaucoup plus fort dans les pays pauvres que chez nous. La récession pourrait donc y être plus sévère. C'est bien simple - et on s'en rend tous compte - lorsque le prix des produits augmente plus vite que nos revenus, on achète moins de choses qu'avant. Et donc les entreprises produisent moins de biens et services qu'avant, autrement dit le PIB se contracte : c'est ce qu'on appelle une récession. Partout où on n'arrivera pas à augmenter la productivité on connaîtra une récession ou une croissance nulle, avec comme conséquence immédiate une hausse du chômage et des déficits publics ce qui a des répercutions sur tout le monde. Et en France en 2007, la hausse de l'emploi salarié a été de 2,1% ce qui est égal à la hausse du PIB. Autrement dit, la productivité - la production par actif - n'a pas augmenté, contrairement à sa tendance de long-terme de +0,7% par an. Difficile dans ces conditions d'avoir une croissance des prochains trimestres nettement supérieure à zéro.

Pourvu que nos exportations d'automobiles ne flanchent pas !