Ces derniers mois, j'ai souvent trouvé qu'on parlait de "crise" à tout va, voire à l'excès, sans éléments précis. Ce vendredi, les marchés mondiaux et européens en particulier ont par contre connu des variations excessives de certains paramètres qui justifient l'emploi de ce terme.

Après le discours de Jean-Claude Trichet jeudi, annonçant une hausse des taux directeurs européens le mois prochain, qui avait ravivé les inquiétudes, l'élément déclencheur a été la publication du taux de chômage du mois de mai aux Etats-Unis à 5,5% contre 5% en avril. C'est une hausse brutale vous en conviendrez. Ceci a déclenché un mouvement de panique d'une ampleur inquiétante qui s'est propagé à la manière des dominos.

Les investisseurs ont vendu des actions : les indices ont perdu environ 3% en Europe et aux Etats-Unis.
Ils ont préféré investir ces capitaux sur les matières premières, dont le pétrole qui a pris 15$ en 24 heures : du jamais vu ! Il a atteint les 139$ alors que les analystes de Morgan Stanley, une grande banque américaine, ont attisé les inquiétudes en annonçant s'attendre à 150$ d'ici 1 mois. Le blé et le maïs ont aussi repris 6 à 7% en deux scéances. Ils se sont aussi réfugiés sur les obligations d'Etat, qui ont vu leur rendement diminuer de 10 points de base (de 4,5 à 4,4% en Allemagne par exemple).

Mais l'élément le plus inquiétant, c'est le nouveau record établi par l'Euribor à échéance 1 an, comme Alain Belon l'a souligné dans un commentaire, à 5,42% ! Il était à 5,12% jeudi et à 4,30% il y a 3 mois. + 30 points de base en une journée c'est énorme ! D'habitude c'est 1 ou 2 de variation. C'est plus haut que le niveau atteint en octobre 2000, alors que le taux directeur de la BCE était de 4,75%. Car l'Euribor est en général proche des taux directeurs de la BCE (actuellement 4%) et s'en écarte à la hausse, comme aujourd'hui, si les investisseurs anticipent qu'une forte inflation obligera la BCE à augmenter son taux de base et/ou si les banques ont du mal à trouver des liquidités. Cette deuxième option ne semble pas la plus décisive car l'EONIA (le taux interbancaire à très court terme) reste stable à 4%.

Les conséquences de cette hausse brutale (outre que le taux du Livret A pourrait augmenter un peu) vont être douloureuses pour les emprunteurs à taux variables et pour les banques (lorsqu'elles prêtent à taux fixe puisqu'elles empruntent toujours à taux variable). En Espagne notamment, où le boom immobilier a été financé par des prêts à taux variables, cette hausse de taux, si elle dure, va augmenter fortement les mensualités des emprunteurs et entraîner une récession violente.

Par ailleurs, les taux à 1 an et à 2 ans étant désormais supérieurs à ceux à 10 ans en Europe, ce qui s'appelle une inversion de la courbe des taux, une récesion devient plus probable au cours des prochains mois sur le vieux continent.

Peu de journalistes, même ceux dit économiques, ont souligné cette crise sur l'Euribor hier. Il convient pourtant de suivre cet indicateur de près, surtout lorsqu'il connaît des variations aussi fortes.