Le marché est devenu "complètement fou". C'est le secrétaire général de l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), Abdalla El-Badri, qui s'est ainsi exclamé jeudi dernier, alors que les cours s'envolaient de 5$ par jour depuis près de deux semaines ! Que se cache-t-il derrière cette formule ?

Au XXe siècle, la consommation de pétrole était en forte croissance. La production suivait cete demande, car les pays exportateurs voulaient augmenter leurs revenus immédiats -leur niveau de vie - et aussi car les pays consommateurs arrivaient à les "convaincre" de produire plus, en permettant auxx multinationales que l'on connait (Total, Shell, BP...) d'explorer de nouveaux champs.

Mais au tournant du siècle, un changement s'est profilé et n'a cessé de s'intensifier depuis. Forte croissance mondiale aidant, la demande de pétrole a dépassé l'offre. Mais cette fois-ci, l'OPEP s'est aperçue que son interêt avait changé, elle a refusé d'augmenter sa production. Et on l'a vu, en augmentant l'offre moins vite que la demande d'à peine quelques pourcents, les prix ont été multipliés par plus de 10 en dix ans. Ainsi, en produisant moins de pétrole, elle reçoit plus de dollars !

Qui plus est, les revenus pétroliers ont atteint de tels niveaux que les états exportateurs peuvent désormais d'une part s'affranchir de l'embarrassante opinion et présence des occidentaux et d'autre part, ayant atteint un niveau de revenu satisfaisant, épargner une partie de ces revenus pour les générations futures, en achetant de l'or et des actions américaines et européennes notamment via les fonds souverains. Ils se sont aperçus aussi que le cours du pétrole irait probablement croissant pour le reste de son exploitation et une évidence est apparue : quel meilleur moyen alors pour réserver des revenus à ses enfants que de laisser le pétrole dans le sous-sol ?

Voilà pourquoi l'OPEP va désormais retarder au maximum l'augmentation de la production. L'Agence Internationale de l'Energie a revu à la baisse ses prévisions de production en 2030 à moins de 100 millions de barils par jour (contre 116 mbj jusqu'ici), soit une faible croissance par rapport aux 87 mbj actuels. Les pays exportateurs vont surtout veiller à ne plus laisser aucun profit issu des futures exploitations aux compagnies étrangères.

Le peak-oil ne sera donc pas, contrairement à la théorie, contraint par les capacités d'extraction, il sera volontairement déclenché par les pays exportateurs de pétrole.